Démocratie !

dans Le blog de JPA

Il est des jours, il est des heures où la notion de démocratie pétarade à nos oreilles dans un brouhaha de sons décalés, à nous faire perdre l’équilibre.

 

Entre le populisme qui surfe avec réussite sur les rouages médiatico-démocratique du culte de la misère intellectuelle et affective, et mes repères constitutionnels qui vacillent malmenés qu’ils sont par une articulation néo ploutocratique à la sauce des médias comblés par le buzz mais difficilement capables d’éclairer le bon citoyen en quête d’exercice du fameux pouvoir qu’on lui a vendu en 1789…

 

Las, les trompettes de la renommée de la médiocrité et de l’ignorance voire de l’aventurisme débridé en politique vont bon train. Vous avez tous remarqué que l’instauration de la primaire de la droite nous amène à connaître le futur président « avant même » le premier tour de l’élection présidentielle, prévue en avril 2017. Une première dans l’histoire de la Vème république.

 

Intuition bien calculée :

  • Marine fera 25% au premier tour, donc elle est au second et elle perdra le second tour
  • L’élection se passe donc au premier tour, son concurrent étant le futur président puisqu’elle, elle ne peut décemment être élue (enfin tant que la trumpisation de la démocratie n’a pas finie son chemin, un chemin déjà bien tracé – gare au gorille !)
  • Nos élites de droite biens pensantes ont alors tôt fait de se dire « puisque le vainqueur est le n° 2 du premier tour, faisons tout pour être celui-là – il suffit alors de 10 à 15% puisque 100% – 25% de Marine = 75% et 75 / [(élu primaire de droite) + Macron + Mélenchon + Hollande + (divers petiots)] = 75 /5 = 15%
  • Celui donc qui fera 15%, disons entre 12 et 15 au premier tour parmi les 5 possibilités ci-dessus sera le gagnant de la présidence de la République Française ! Petit score, grosse récompense.
  • Qui peut faire 12 à 15 points au premier tour ? … Assurément le candidat issu de la primaire de droite :
    • Protégé par 5 ans d’oubli des frasques gouvernementales du gouvernement de NS
    • Porté par le rêve de promesses (l’homme aime rêver, la femme encore plus)
    • Conforté par un candidat unique grâce à la primaire
    • Ah mais bon sang qu’est-ce que ce trouble-fête néo-libéro-gaucho de Macron vient me perturber la route toute tracée vers cette élection de mon intelligente primaire !!!

Ainsi donc, au soir du 27 novembre 2016 au lieu de mai 2017…, François Fillon apparait très sérieusement comme notre potentiel futur président !

 

Passé le jeu des petits calculs (si simples), je m’amuse et m’effraye à contempler la constitutionnalité de 1789 qui va ainsi souffrir d’une double trumpisation (néologisme récent) :

  • D’une part c’est juste « compliqué » de voir un français sur quatre capable de voter Marine ; c’est compliqué intellectuellement, philosophiquement et émotionnellement, mais c’est une vraie réalité dont le fameux « sursaut républicain » nous préserve à priori encore en France de la misère qui affuble actuellement nos amis ricains, philippins et quelques autres ci et là (je sais, la faute au manque d’éducation et aux films débiles que l’on a trop diffusés sur la planète, au manque d’amour, de sensibilité et de confiance dans la vie – on est tous concernés et surtout tous responsables, l’enseignement particulièrement – la faute donc aux élites décérébrées et surtout méprisantes, accessoirement égoïste)
  • D’autre part [là on rit encore moins] on peut s’émouvoir d’assister à l’étiolement que dis-je à la quasi disparition de l’esprit de la démocratie « fondamentale », inventée par les grecs, mis en place par les anglais et les français il y a tout juste un peu plus de 2 siècles

Souvenir de droit constitutionnel et de philosophie de la démocratie : là, je vous laisse disserter au coin de votre table de nuit avec votre conjoint, … de si bons souvenir de fac et autres bons bouquins éclairés, la démocratie est le moins pire des systèmes politique dit-on, certes, à la condition qu’on la laisse s’exprimer, c’est-à-dire que le vote soit démocratique, universel et synchronisé (comprenez non-morcelé par des primaires)

Or de mon point de vue, une « primaire » présente le risque de tronquer,  de détourner, de corrompre donc partiellement oserais-je dire, le principe de l’expression du vote populaire le plus large possible, c’est-à-dire le suffrage universel.

Selon ma démonstration ci-dessus, une primaire va permettre à une poignée d’électeur (4-5 millions) de droite et du centre, de désigner à eux seul le président de 40 millions d’électeurs !

40 – 5 = 35 millions d’électeurs « volés » ?

On assiste alors en direct à un détournement majeur de l’essence de la démocratie qui est le vote de « tous les électeurs » au même moment, le suffrage universel donc, ce qui permettrait, tout en restant au scrutin majoritaire à deux tours, d’avoir une expression « égalitaire » de tous les candidats et donc, en nous en remettant au « Sort », à la « Destinée » du peuple que nous sommes, à espérer que dans une compétition égalitaire et sportive, on ait l’Elu (au sens mystique, au sens de Matrix, au sens dé-mo-cra-ti-que !) qui sorte du lot et qui, porté ainsi par le VRAI vote du LARGE peuple sur les fonts baptismaux de l’élection présidentielle, accède à cette fonction suprême en toute légitimité, et sans aucune critique possible, nonobstant la critique de fond chère à Charles Baudelaire (dans « Mon cœur mis à nu ») : « Impitoyable dictature que celle de l’opinion dans les sociétés démocratiques ; n’implorez d’elle ni charité, ni indulgence, ni élasticité quelconque dans l’application de ses lois aux cas multiples et complexes de la vie morale. »

Las. Au lieu d’une magnifique interprétation des plus belles valeurs de notre mythologie républicaine, sur fond de dictature de l’opinion, nous assistons à une disruption démocratique.

Espoir donc ! ?

 

 

Jean-Pascal AMIGUES
Gérant fondateur de la société AMC
jpamigues@amcsa.fr

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